La musique celtique est ma Passion. Alan Stivell, Donal Lunny, Andy Irvine, Gilles Servat, Claude Besson, John Doyle, Christy Moore, Kevin Burke, Gabriel Yacoub, Tri Yann, Karan Casey, Tannahill Weavers, Dan Ar Braz, Ossian ,Silly Wizard,Capercaillie, Solas, Lunasa, Dervish, Altan, Old Blind Dogs,Fairport Convention, Clannad,The High Kings, Davy Spillane, Cormac Breatnach, John Mc Sherry, Michael Mc Goldrick, Tony MacManus, William Jackson, Phil Cunningham, Tim Edey, Steven Cooney, Liam O' Flynn, Julie Fowlis,Cécile Corbel, Gwenael Kerleo...
JF : Comment vas-tu Rakaniac ?
Rakaniac : Je vais bien JF.
JF : alors, prêt pour une nouvelle conversation ?
Rakaniac : oui, j'ai hâte de savoir la suite.
JF : et bien en route pour ce quatrième et dernier volet.
Rakaniac : tu vas donc nous parler des années 2000.
JF : et du début des années 2010 puisque nous sommes en 2014.
Rakaniac : il y a donc bien eu une troisième vague ?
JF : oui , en Bretagne en tout cas mais je vais y venir un peu plus tard.
Suite à tout ce qui s'est passé auparavant, les années 2000 c'est un peu comme une consécration pour toute une série de nouveaux artistes et une confirmation pour les nombreux "anciens" artistes toujours présents.
Tant en Bretagne qu'en Ecosse ou en Irlande les grands évènements précédents (Riverdance, Héritage des Celtes, Les Corrs, Bretagnes à Bercy...) ont fait de nombreux émules parmi les jeunes musiciens et chanteurs.
Des gens qui ont ressenti profondément le besoin de s'exprimer dans cette musique en faisant parler leur créativité.
En s'éloignant parfois sensiblement des "grosses productions" citées plus haut mais un gardant des liens très forts avec leurs racines celtes.
Impossible bien entendu de les citer tous tant ils sont nombreux.
Gwennyn Louarn fait partie de ces jeunes qui ont démarré dans les années '2000.
Elle a la particularité d'avoir d'abord appris à parler Breton avant le Français.
J'aime bien sa voix et ses chansons folk-rock qui sont principalement des compositions.
Sur scène, Gwennyn aime se produire en petite formation avec son compagnon (le guitariste Patrice Marzin) et le joueur d'uilleann pipe Kevin Camus.
Dans cette catégorie de jeunes artistes, j'ai envie de citer Gwenael Kerleo (même si elle avait démarré dans les années '90). Harpiste et aussi chanteuse, j'aime beaucoup la finesse de son jeu et l'imagination dont elle fait preuve dans ses compositions.
Il y a bien sûr Cécile Corbel, également une harpiste. Sa manière de chanter est un peu spéciale mais il y a dans ses musiques quelque chose de très envoûtant qui fait qu'on a vraiment envie de l'écouter.
Aussi le jeune et talentueux guitariste Julien Jaffrès.
En Ecosse je peux sans hésiter citer Julie Fowlis comme figure de proue de la nouvelle génération.
Le Gaélique (avant l'Anglais) fut sa langue maternelle. J'aime vraiment bien ce qu'elle fait.
Et en Irlande j'ai envie de citer la talentueuse flûtiste Stef Geremia et le violoniste Fergall Scahill (dont je vous parle dans un post précédent).
Il y a aussi la violoniste-flûtiste Claire Mann qui forme un duo détonnant avec le joueur de bouzouki Aaron Jones.
Quelques jeunes parmi tant d'autres de la génaration actuelle.
Rakaniac : et dans les anciens ?
JF : comme je le disais la plupart sont encore actifs en ce 21 ème siècle.
C'est le cas d'Alan Stivell, des Tri Yann, de Gilles Servat, de Dan Ar Braz, des Sonerien Du...en Bretagne,
mais aussi (un peu plus jeunes) des frères Guichen, des frères Molard, de Soïg Sibéril, de Claude Besson, de Yann-Fanch Kemener, de Gwendal, des frères Quefféléant (Triskell), de Nolwenn Korbell, de Didier Squiban, de Mélaine Favennec, de Pierrick Lemou...
Rakaniac : et en Irlande ?
JF : il y en a tellement : De Dannan, Clannad, Dervish, Lunasa, Solas,Patrick street, Altan, The Chieftains, Donal Lunny, Andy Irvine, Christy Moore, Davy Spillane, Kevin Burke, John Doyle, Karan Casey, Cara Dillon, Finbar Furey...
Rakaniac : pas mal ! Et en Ecosse ?
JF : jusque quelques uns
Rakaniac : tu es sûr ?
JF ; Capercaillie, Old Blind Dogs, Tannahill Weavers, Battlefield Band, Boys of the Lough, Runrig, Phil Cunningham, Tony Mac Manus, William Jackson...
Rakaniac : rien qu'avec ceux que tu viens de citer il y a déjà moyen de remplir pas mal de scènes.
JF : et je t'assure que ce n'est qu'une petite partie.
Rakaniac : mais dans les Irlandais, tu n'as pas parlé de Planxty ?
JF : J'allais y venir.
Dans les évènements incontournables des années 2000-2010, il y a eu les reformations de divers groupes.
Ce fut le cas de Planxty en 2004.
Quel de fut pas mon étonnement de trouver ce cd "Planxty Live 2004".
Donal Lunny, Andy Irvine, Christy Moore et Liam O' Flynn avaient donc décidé de reformer "Planxty" pour une série de concerts à Dublin.
Inutile de dire que j'ai vraiment apprécié d'écouter et de voir (nombreuses vidéos sur You Tube) mon groupe préféré en Irlande même en sachant que c'était provisoire.
En 2007, autre reformation qui m'a beaucoup marqué, celle des Moving Hearts.
Moving Hearts (Donal Lunny, Christy Moore, Davy Spillane, Keith Donald, Eoghan O'Neill...) avaient d'abord joué
un répertoire assez rock au début des années '80.
Des chansons engagées qui n'avaient pas plu à tout le monde à l'époque.
En 1985, ils enregistrèrent "The Storm" un disque beaucoup plus folk fait uniquement d'instrumentaux avant de se séparer en 1987.
Les concerts de leur "réunion" sont une reprise live de l'album "The Storm" plus d'autres instrumentaux tirés de leurs disques précédents.
Grand bonheur aussi pour moi de ré-écouter les dialogues fous entre l'uilleann pipe ou le low whistle de Davy Spillane et le terrible saxophone de Keith Donald.
Des arrangements et une rythmique à la mesure du talent des divers membres du groupe.
Aute reformation, celle du Bothy Band (groupe phare des années '70).
Ces concerts étaient surtout faits en hommage de leur guitariste Micheal O'Domhnaill décédé un peu plus tôt.
Ce rassemblement fut cependant beaucoup plus discret et il n'y a pas eu de cd à ma connaissance.
Durant ces années 2000, Andy Irvine a aussi provisoirement reformé son premier groupe les Sweeney's Men (Terry Woods, Johnny Monihan) et également rejoué en duo avec le chanteur Paul Brady.
Rakaniac :
Et en Bretagne ?
Il faut d'abord citer la rencontre des Tri Yann et de l'O.N.P.L.
Rakaniac : ONPL ?
Oui l'Orchestre National des Pays de la Loire dirigé par Yves Soudant.
Grand amateur de la musique des Tri Yann, Yves Soudant leur propose en 1998 de monter un spectacle avec l'O.N.P.L.
Après de nombreuses répétitions, le premier concert voit le jour en 1998.
Il donnera naissance à un premier cd "La tradition synphonique".
Il y a eu ensuite un deuxième spectacle à Rennes en 2000 puis un troisième en 2001 à Nantes.
Enfin en 2004, pour les adieux de Hubert Soudant à l'ONPL, trois derniers spectacles encore à Nantes.
sur scène, 140 musiciens et choristes, avec la participation de Bleunwenn Mevel, du Bagad de Nantes et de l'Ensemble Vocal de Nantes.
Et bien entendu sortie du deuxième cd de "la tradition symphonique".
En ce qui me concerne, j'étais un peu septique avant d'écouter ce premier disque en 1998 craignant que la musique des Tri Yann ne soit "noyée" dans les orchestrations symphoniques
Ce n'est pourtant pas le cas et je dois dire que ce cd est très agréable à écouter.
N.B.
pas de trace de vidéo sur You Tube de Tri Yann et l'O.N.P.L.
mais une petite chanson quand même de ce groupe de légende.
Rakaniac : Un orchestre classique, la musique celtique est décidément mise à toutes les sauces.
JF : mais cette sauce-là ne me dérange pas.
Tout comme les groupes qui mélangent celtique et jazz ou bien celtique et rock, du moment que les artistes s'expriment avec sincérité.
Rakaniac : mais peut-on encore qualifier ces différents styles de véritable musique celte ?
JF : oui je le répète, si c'est fait sincèrement et en restant imprégné des racines celtiques.
De toute manière la musique celtique n'existe pas vraiment.
Rakaniac : Comment-ça Jean-François, tu es en train de me dire que la musique celtique n'existe pas ! Je rêve !
JF : Pas de panique, depuis plus de 40 ans je parle de musique celtique et continuerai à la faire.
Rakaniac : mais alors ?
JF : Je suis assez d'accord avec des gens comme Jacques Pellen (guitariste) ou Roland Becker (multi-instrumentiste) pour dire que l'expression "musique celtique" est une étiquette qui regroupe les musiques de Bretagne, d'Irlande, d'Ecosse...
Cependant, la musique bretonne ou la musique irlandaise c'est très différent.
Les airs, les chansons, la manière de jouer, c'est très éloigné.
De même, il y a des choses en commun entre la musique irlandaise et la musique écossaise mais de grosses différences aussi.
Idem, la musique de Galice ou des Asturies me paraissent avoir beaucoup plus de racines "latines" et sont très différentes de la musique bretonne.
Cela ne veut pas dire que les unes sont plus "celtiques" que les autres mais je trouve que les répertoires sont très différents.
Bien sûr on peut faire co-exister au sein d'une même chanson des passages aux sonorités irlandaises avec des passages aux sononrités bretonnes (Alan Stivell et Gilles Servat sont coutumiers du fait) mais globalement la musique irlandaise ou la musique bretonne ce n'est pas pareil.
Rakaniac : et que penses-tu des fusions du "celtique" avec d'autres musiques ?
JF : ce n'est pas trop mon truc, pas du tout même.
N'y voit aucune forme de racisme de ma part mais pour moi des expériences comme "Afro Celts Sound System" ou "Mugar" où on mélange des musiques africaines avec du celtique ça me parait dangereux.
Rakaniac : dangereux ?
JF : oui parce que c'est faire un amalgame un peu comme on le fait en "World music".
Un grand mélange dans lequel on met un peu de ceci, un peu de cela et puis on obtient quelque chose qui n'a plus aucune authenticité.
Le meilleur moyen de la "noyer" en lui faisant perdre les caractéristiques qui lui sont propres.
Rakaniac : alors que depuis plus de 50 ans de nombreuses personnes se sont battues et se battent encore pour la préserver.
JF : Exactement, comme l'illustrent d'ailleurs d'autres évènements des années 2000 & 2010.
En Ecosse et en Irlande, de multiples séries d'émissions télé (comme les Highlands Sessions, Transatlantic Sessions) présentent un grand nombre d'artistes sous forme de vidéos.
Beaucoup de musiciens écossais et irlandais sont invités à jouer ensembles.
Ils accompagnent des chanteurs, divers solistes et jouent de nombreux instrumentaux.
Il y a sur You Tube de très nombreuses vidéos montrant ces rencontres entre musiciens de plusieurs génarations.
C'est très intéressant à écouter et on y découvre une multitude d'interprètes.
En Bretagne, il faut bien entendu parler du "phénomène" Nolwenn Leroy qui a démarré fin 2010.
Venue de la "Starac" et de la Variété, Nolwenn s'est souvenue de ses origines bretonnes.
Ayant vécu à Saint Renan durant son enfance elle a été en partie bercée par la musique bretonne.
L'idée de faire un album de reprises de chansons bretonnes était un pari audacieux car ce n'était pas du tout une garantie de succès commercial mais ce pari a été gagné.
Le cd "Bretonne" s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires.
Entre fin 2010 et 2012 on a de nouveau énormément parlé de musique bretonne et celtique en France en en francophonie.
A titre d'exemple, les chansons "Tri Martolod" et "la jument de Michao" qui avaient connu leur heure de gloire dans les années '70 grâce à Alan Stivell et les Tri Yann ( chansons dont on allait reparler dans les années '90 avec Manau ) allaient de nouveau se faire entendre 12 ans plus tard grâce à Nolwenn.
Bien sûr, il ya eu des polémiques : Nolwenn pas une vraie chanteuse bretonne, arrangements trop variétés, disque commercial, Nolwenn pas sincère...
En ce qui me concerne je pense bien que sa démarche était sincère.
Cette artiste a le droit d'avoir éprouvé de la nostalgie pour une partie de ses racines musicales.
J'ai été touché par le fait que Nolwenn mette tout sont talent, sa voix, sa présence sur scène pour défendre ce répertoire breton et celtique (il y a aussi des chansons irlandaises).
Elle n'a jamais revendiqué le fait d'être une artiste celte mais je crois vraiment qu'elle l'a fait avec coeur.
C'était commercial ? Peut-être, tant mieux, tant pis, chacun son avis.
Chacun a le droit d'aimer ou non mais je pense que la musique bretonne et celtique a bénéficié d'un coup de fouet médiatique et que d'autres artistes moins connus ont pu profiter de certaines retombées du succès de Nolwenn Leroy.
Rakaniac : beau plaidoyer !
JF : Nolwenn nous entrâine tout naturellement vers la suite de cette vague bretonne.
Rakaniac : je parie que tu vas nous reparler l'Alan Stivell.
JF : en effet.
En 2012, Alan décide de retourner jouer à l'Olympia.
40 ans après le mythique concert de 1972 Alan va fêter un anniversaire grandiose dans le temple de Bruno Coquatrix.
Pour ce faire il charge son ancien guitariste Robert Le Gall de s'occuper de la réalisation artistique de ce spectacle.
Alan décide d'inviter le Bagad De Saint-Malo (qui est une sorte de prolongement du Bagad Bleimor dans lequel il a joué) plus deux anciens musiciens de '72 : Dan Ar Braz et René Werneer.
Nolwenn Leroy est également invitée à chanter plusieurs titres avec Alan (qui fut un de ses idoles).
Le spectacle fut à l'image du personnage, grandiose.
Un cd et un dvd vont immortaliser cet Olympia bis qui donnera au public l'occasion de ré-entendre tous les morceaux de 1972, plus de nombreux titres de l'album suivant en 1973, plus d'autres titres récents ou anciens ainsi que quelques nouveautés.
Je vous parle plus en détail de cet évènement à d'autres endroits de ce blog.
René Werneer retrouve Alan Stivell
L'Olympia, un an déjà (Alan Stivell)
Rakaniac : Pour les détails on te fait confiance.
Et en dehors d'Alan comment se porte la musique celtique en 2014 ?
JF : je pense bien que ce mouvement n'est pas prêt de s'arrêter.
On n'a jamais autant fêté la Saint-Patrick, Haloween en dehors de L'Irlande et des U.S.A que depuis une quinzaine d'années.
Pareil pour les "Nuits Celtes" qui attirent toujours plus de monde et sont toujours plus médiatisées.
Le 10 aôut dernier l'Interceltique de Lorient s'est achevé (c'était l'année de L'Irlande) après avoir accueilli des centaines (!) de milliers de visiteurs.
Partout en France, aux U.S.A. en Europe, s'organisent de petits ou grands festivals de musiques celtiques.
De très nombreux groupes profesionnels ou amateurs (même s'ils sont parfois peu connus) prennent du plaisir à jouer ces musiques depuis longtemps déjà.
Cependant, rien n'est acquis, je pense que plus que le jazz, le rock ou le classique, la musique celtique devra toujours se battre pour garder sa place en tant que genre muscial à part entière.
Avec le potentiel de talent et de créativité qui existe dans l'ancienne et dans l'acturelle génération, j'ai cependant des raisons de croire que cette musique continuera d'exister et va se développer.
Rakaniac : j'en suis convaincu moi aussi.
Jean-François, je te remercie pour cet interview.
JF : de rien cher ami, je t'invite à présent à redevenir moi-même.
Rakaniac : bien à toi.